Liste des ouvrages sélectionnés en 2020

– Le septième jour de Tu Hua chez Actes Sud,
– La Chine trois fois muette de Jean-François Billeterre: édition Allia,
– Toutes les choses de notre vie de Hwang -Sok-Yong Éditions Philippe Picquier,
– Promenade avec les dieux de l’Inde de Catherine Clément chez Sagesses.


Le septième jour

Tu Hua chez Actes Sud

Inspiré du mythe biblique de la création du monde, ce roman se déploie sur sept jours pendant lesquels dérive la mémoire du narrateur avant de lui offrir le repos des réponses espérées.

Yang Fei vient de mourir dans une explosion. Seul, extrêmement pauvre du temps de son vivant, il arrive sur l’autre rive sans pouvoir prétendre à la moindre sépulture.

Ainsi est-il condamné à errer là où certains semblent attendre, quand d’autres savent depuis toujours que misère et solitude les consignent à jamais dans ce paisible entre-deux. Déambulant en toute quiétude, Yang Fei croise des êtres depuis longtemps perdus, parvient à donner un sens aux incomplétudes de son existence sans jamais renoncer à l’idée de retrouver son père, ce cher vieillard qui une nuit s’échappa de leur logis en espérant ainsi adoucir leur si triste avenir.

Un roman d’une beauté prégnante où les êtres cheminent vers la douceur en convoquant pour mieux s’en déprendre leur vie de souffrances et d’offenses, dans une Chine d’aujourd’hui au pouvoir arrogant et brutal.

Yu Hua est né en 1960 à Hangzhou (Zhejiang) et réside actuellement à Pékin. Yu Hua a exercé la profession de dentiste et a commencé à écrire en 1983. Il a reçu en 2008 le prix Courrier international du meilleur livre étranger pour Brothers.


La Chine trois fois muette

Jean-François Billeterre: édition Allia.

La fin d’une époque – les conditions du vrai
L’enjeu des affrontements “Qu’ils le veuillent ou non, les Chinois raisonnent aujourd’hui sur leur histoire et sur leur civilisation au moyen de notions venues d’ailleurs. Parce que ces néologismes sont parfaitement chinois dans leur forme et font désormais partie du langage courant, ils constituent un obstacle invisible à l’intelligence du passé. Il en résulte un curieux mélange de familiarité et d’incompréhension. Le passé semble à portée de main, mais ne répond plus.” Dans cet ouvrage formé de deux essais qui se complètent l’un l’autre, Jean François Billeter éclaire doublement ce qui se passe en Chine aujourd’hui : d’abord du point de vue de l’histoire du capitalisme, de cette “réaction en chaîne non maîtrisée” dont il retrace l’histoire depuis son début en Europe, à l’époque de la Renaissance ; ensuite du point de vue de l’histoire chinoise, dont il offre également une synthèse dense, mais claire. Cet ouvrage intéressera les lecteurs qui s’interrogent sur la Chine actuelle, mais aussi ceux qui réfléchissent sur le moment présent de l’histoire et ses suites possibles.

Après avoir été professeur d’études chinoises à Genève, Jean François Billeter a quitté l’université pour se consacrer à ses propres travaux. Dans ses études sur certains textes remarquables de Tchouang-tseu, philosophe du 3e siècle avant notre ère, et sur l’art chinois de l’écriture, autrement dit la calligraphie, il allie la plus grande rigueur sinologique au souci constant de se faire comprendre des lecteurs non sinologues, à la fois par la clarté de l’expression et par la richesse des références à des éléments de l’héritage occidental, ou simplement à l’expérience commune. Il esquisse une vision critique de l’histoire passée et présente dans Chine trois fois muette et dénonce un faux rapport à la Chine dans Contre François Jullien.


Toutes les choses de notre vie

Hwang -Sok-Yong Éditions Philippe Picquier

Gros-Yeux a quatorze ans lorsqu’il arrive avec sa mère dans l’immense décharge à ciel ouvert de Séoul. Là vivent pas moins de deux mille foyers, en une société fortement hiérarchisée dont le moindre aspect – travail, vêtements, nourriture, logement – provient des rebuts du monde extérieur.
Gros-Yeux se lie d’amitié avec un garçon disgracié, un peu simple d’esprit, qui lui fait découvrir les anciens habitants du site, ou plutôt leurs esprits bienveillants, lorsque l’île de la décharge était encore une terre vouée aux cultures agricoles et aux cultes chamaniques. Car ce sont les êtres démunis, abandonnés des hommes, enfants, marginaux, infirmes, qui entretiennent l’étincelle du vivant et communiquent avec l’invisible.
Hwang Sok-yong ne donne pas de leçons, non, il donne à voir. A l’opposé d’une logique marchande où les choses sont destinées à une rapide destruction, les images qu’il suscite ne s’altèrent pas, continuent à briller dans notre imaginaire.

Né en 1943 en Mandchourie, où sa famille avait fui l’occupation japonaise, Hwang Sok-yong arrive en Corée en 1945, d’abord au Nord, puis au Sud. Il combat les régimes autoritaires qui se succèdent jusqu’à la fin des années 1990, est emprisonné pour ses idées et milite pour la réconciliation des deux Corées. Son œuvre, traduite dans le monde entier, témoigne de ses combats pour la liberté. « Hwang Sok-yong est aujourd’hui, sans conteste, le meilleur ambassadeur de la littérature asiatique », a écrit le prix Nobel de littérature Kenzaburô Oe.


Promenade avec les dieux de l’Inde

Catherine Clément chez Sagesses

Promenade avec les dieux de l’Inde

« Quel que soit le lieu de leur naissance, j’aime raconter les affaires des dieux. Leurs généalogies, leurs disputes, leurs amours me passionnent comme s’ils étaient de ma famille et puis, comment ne pas s’intéresser à des êtres capables de se transformer en nuage, taureau, serpent ? Désormais, je dispose d’une grande famille de dieux dont j’ai les portraits, dont je connais les tics, les préférences alimentaires, les phobies, les colères.

En Inde, les dieux ne gênent pas l’immense démocratie à laquelle ils s’intègrent paisiblement. Ils ne sont pas exigeants. Une banane, une fleur, du sucre, parfois, une chèvre, et tout va bien. Chacun s’arrange avec eux comme avec le climat, le manque d’infrastructures et ce qui reste de pauvreté.

Ce sont ces arrangements que je vais raconter. »

Catherine Clément

Promenade avec les dieux de l’Inde est l’adaptation d’une série d’émissions diffusées sur France Culture en 2004.

Philosophe, romancière, essayiste, mais aussi familière de l’Inde où elle a longtemps vécu, Catherine Clément nous fait comprendre ce pays méconnu et son milliard d’habitants. Elle est l’auteure d’une oeuvre considérable, qui mêle essais et romans.